Du besoin de se rendre utile à celui de se sentir exister
Une des phrases qui m’a le plus touchée dans mes accompagnements est celle-ci :
« J’ai besoin de servir à quelque chose. »
Nous faisons tous, un jour de notre existence, l’expérience de ce besoin : celui de nous rendre utile. Cela commence dans notre enfance, et se prolonge dans nos vies d’adultes.
Mais voilà une autre réalité : chacun de nous ressent aussi le besoin de se sentir exister.
Quel que soit notre âge,
Quelle que soit notre origine,
Quelque soit notre situation professionnelle ou personnelle,
Ces deux besoins sont les deux côtés d’une même pièce :
Côté pile : je me sens utile à travers mes actions
Côté face : j’existe dans mes choix, j’ai conscience que j’ai une marge de création dans ce que je réalise, entreprends, décide au quotidien
Tension entre « se sentir utile » et « se sentir exister »
Faisons ensemble un premier détour pour définir, avec mes mots, les termes en question ici :
- Servir : être utile, remplir une fonction, un rôle, une tâche, aider ou assister quelqu’un.
- Se sentir exister : en vie avec envie, respirer à pleins poumons, sentir une consistance sur ses appuis, vivre des expériences concrètes, se sentir auteur.e de ses choix, dans une dynamique créatrice
Ces deux réalités sont-elles opposées ?
Etudes de cas concrets : 3 métiers et leurs tensions entre utilité et existence
Réfléchissons à l’aide de trois exemples concrets :
Situation 1 : une personne fait le métier d’Aide à domicile. Cette activité lui permet de se générer des revenus, et de se sentir utile dans sa ville, dans la Société. Cela contribue à nourrir un autre besoin, bien connu : celui de l’Appartenance. Cette personne a le sentiment d’appartenir à une communauté qui dépasse sa famille et ses amis : celle des personnes qui contribuent activement au fonctionnement de la Société.
Question : comment cette personne peut se sentir exister, à l’intérieur même de son activité professionnelle ?
Situation 2 : une autre personne est musicien.ne. Elle/Il travaille une partie de l’année pour différents concerts et événements. Son sentiment d’utilité et d’exister se réunissent quand des dates de concerts sont fixés : avant, la personne s’entraîne, prépare son jeu pendant des heures chaque jour en vue de faire plaisir à un public.
Mais entre deux événements, pendant peut-être quelques semaines de battement, que deviennent son besoin de se sentir utile et celui d’exister ? Faut-il que cette personne cumule son métier de musicien.ne et une deuxième pour que ses besoins soient satisfaits ?
Situation 3 : un parent au foyer est souvent pris entre son souhait et plaisir de prendre soin de son enfant à temps plein et son besoin d’exister pour soi-même. Quand la situation perdure, l’autre besoin fondamental dans cette situation ambivalente est le besoin de Reconnaissance.
Alors, comment réconcilier ces besoins entre l’importance de se rendre utile pour son enfant, et le fait de nourrir son existence pour ce parent au foyer ?
Pause réflexive dans votre lecture… à vos carnets de notes 🙂
Réfléchissons ensemble :
Laquelle de ces 3 situations résonne le plus avec votre expérience personnelle ?
Avez-vous déjà vécu ce paradoxe entre une activité dans laquelle vous vous sentiez vraiment utile mais pas suffisamment au rendez-vous de votre existence ?
Ou au contraire, avez-vous connu ou connaissez vous une période de votre vie où vous vous sentiez pleinement vivant, sans avoir de rôle, de mission ou de métier bien défini dans la Société ?
De l’utile à l’être : un équilibre entre réalités et perceptions
Une autre façon de poser la question est celle-ci :
qu’est-ce qui, dans nos vies, sort de l’utile, et qu’est-ce qui est réservé à notre existence ?
On touche, il me semble, à la question de l’essentiel.
Mais les choses vues comme futiles pour certains ne le sont pas pour d’autres.
Il nous faut donc explorer, chacun en nous, ce qui constitue la trame du vivant en nous. Celle-ci forme comme un tamis. Ce que le tamis, la trame ne retient pas relève sûrement du futile.
Ce qui compose la trame relève de l’essentiel.
Maintenant, comment affiner ce filtre ?
De l’obligation de faire…
Dans nos activités quotidiennes, la notion d’obligation joue un rôle important sur nos ressentis : elle se confronte à notre besoin de liberté d’être.
Liberté d’être : liberté d’agir à sa façon, de vivre à sa manière, de s’exprimer, de créer, de bouger, de rester, de partir, de faire, de ne pas faire.
Quand le fait de se rendre utile fait partie d’un contrat, moral ou écrit, avec ou sans contre partie financière comme dans un contrat de travail, nous devenons « obligé.es d’aider et de nous rendre utile à une cause, à une mission, à un projet, à une association, à une entreprise. »
En quelque sorte, nous devenons redevables de notre aide du fait de ce contrat, de cet engagement que nous acceptons.
Cela existe aussi en dehors des relations de travail : dans un couple, dans une relation d’aidant au sein d’une famille, il y a des endroits où l’un se rend utile pour l’autre.
Alors, à quel endroit démarre l’existence ?
Cesse-t-on d’exister quand on « entre » dans un contrat, y compris moral, qui nous engage à aider l’autre ou à servir une cause, un événement ?
Deux facteurs déterminants me viennent : la dimension de l’aide et son contexte.
Si l’aide est collective, l’individu nourri aussi à travers elle son besoin d’Appartenance à un groupe, à une communauté. Ses actions nourrissent donc un autre besoin fondamental, ce qui nourri un retour positif vers soi-même, le fameux feedback.
Si l’aide portée est de une personne vers une ou deux, cela devient un accord entre deux individus. Il est donc nécessaire que chacun s’y retrouve, tant dans la forme que dans le ryhtme et le volume de l’aide apportée et reçue.
A la liberté d’être !
On le voit bien, ce qui se dessine au fil de cette réflexion, ce sont les modalités de l’aide, la façon de se rendre utile, le comment, le quoi, le quand, le où, et le pourquoi, qui sont déterminants pour que la personne se sente exister et libre d’être, tout en se rendant utile.
Au-delà de l’aide matérielle, physique, du soutien psychologique et émotionnel apporté à une personne, le fait d’avoir conscience que je contribue à une cause plus vaste que l’individu me semble aussi importante.
Si je me rends chez un particulier pour lui apporter une aide ménagère ou un dépannage technique, je suis libre de regarder mon action comme une action technique et « au service de la personne », mais aussi comme une action qui contribue à améliorer le quotidien de cette personne, à créer un lien humain avec elle, et à optimiser son environnement ou ses équipements de façon durable.
Avant de conclure :
Vos commentaires font la différence : ils nous permettent d’échanger après vos lecture et de faire vivre cet espace que j’ai conçu comme un espace de réflexion et d’échanges avec vous.
Je lirai donc vos commentaires avec attention et y répondrai aussi avec plaisir. Si vous préférez échanger en privé, je vous invite à me contacter via mon formulaire contact (lien à venirEn c).
En conclusion… de la relation d’aide au besoin d’exister
La question de se sentir exister, libre d’être, tout en se rendant utile à une personne comme à une cause pose l’importance du cadre dans lequel chacun se rend utile :
- une aide ponctuelle et une aide répétée n’ont pas le même impact sur les individus.
- Une aide répétée et régulière nécessite de poser les modalités de cette aide avec clarté et lucidité, pour permettre à chacun de se sentir exister dans la relation d’aide.
Et vous, quelle expérience de l’aide traversez-vous en ce moment ?
Vous sentez-vous libre d’être dans cette relation d’aide ?
Recevez-vous de l’aide aussi ?
Merci de m’avoir lue et à très bientôt pour échanger, en commentaire ou en message privé.
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